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LE RENDEZ-VOUS DE 19H
J'arrive enfin à garer ma voiture sur la place du marché, il me reste dix petites minutes pour honorer mon rendez-vous de 19
heures.
Je sors de l'auto et le froid me saisit de la tête aux pieds, diantre! Je m'engouffre de nouveau à l'intérieur de l'habitacle et
sors de mon sac un bonnet rose-dragée, une écharpe et des gants assortis. Me voilà parée. Je me presse dans la nuit à travers les derniers citadins autant frigorifiés que je le
suis.
La devanture allumée de la petite galerie, m'invite à lécher la vitrine déjà décorée par des sujets aux tons chauds, épicés,
paprika et safran.
Des guirlandes brillantes s'entrecroisent au-dessus des tableaux.
Natures mortes à l'huile, portraits du XVIIIème, et lavis japonnais s'offrent aux regards gourmands d'un couple quinquagénaire, qui
meurt d'envie de se faire un cadeau pour Noël et qui n'arrive pas ( malgré le froid) à libérer le trottoir étroit.
Je me hâte, ne souhaitant pas faire attendre la douce et patiente dame qui m'attend tout en haut de l'immeuble ancien, au charme
désuet mais cossu.

L'index appuie sur la sonnette en laiton et je rentre dans la grande entrée, une odeur toute aussi ancienne que l'immeuble, frôle
de sa fragrance le bout de mon nez congelé.
Les escaliers en pierre longent une rampe en fer forgé d'époque, entrelacs de feuilles d'amaranthe et de lierre, un vrai
travail d'orfèvre. En haut des trois étages, la double porte est grande ouverte. Elle m'attend.
Ou plutôt je l'attends.
..................
Nous bavardons, réponses en ricochets à chaque intervention, question, supposition, interprétation. Je l'écoute et la
dévisage.
Belle femme, à qui je suis incapable de donner un âge.
Un visage lisse comme un galet et une peau transparente, à peine rosée.
Sa bouche est très maquillée, d'un flamboyant rouge hibiscus et je dois dire que cela va bien à ses lèvres à peine charnues
et très bien ourlées.
Tiens, une mouche au coin de la lèvre
supérieure.
Des cheveux blonds, très blonds, des yeux...Je dirais verts plutôt foncés et grands, de grands yeux, le maquillage est léger mais
remarqué.
Son pull noir est sans manches, à col roulé, tout simple. Quant à la jupe volantée, elle est dans un style folklorique du meilleur
goût, des bottes cavalières terminent l'ensemble.
La fin de notre conversation s'ébauche, il est tard et je me prends -tout en l'écoutant- à méditer sur les
blondes.
Les blondes sont fades, il leur faut absolument un maquillage pour réchauffer le tout. C'est joli les blondes, délicat, ce côté
pulpeux, sexy, élégant, classe et naturel selon les styles, forcément cela attire le regard. D'ailleurs le mien pèse et soupèse cette blondeur candide et tout à fait raisonnable.
J'ai bien essayé d'être un peu blonde, puis un peu plus. Bizarrement je ne me reconnais pas. J'ai testé aussi les roux, les
cuivrés pour finalement revenir à l'autre couleur. De toutes les façons j'aime changer mais le blond, non! Dommage, je ne lui conviens pas! J'ai l'impression d'être passée dans une
machine à laver, programme eau de javel, allez savoir...!
Je médite encore et conclus que ma blonde préférée "actuelle" est aussi celle de Woody Allen, c'est "définitely" Scarlett
Johansson!
Fi donc des gwyneth paltrow , kylie minogue , nicole kidman , melani griffith , sharone ston
Au fait la dame blonde de l'immeuble, ne croyez pas que c'est ma psy...elle ne l'est pas...Déçus messieurs? Peut-être auriez-vous
été prêts à simuler une légère déprime passagère?!